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Re-Découvrir le Vieil Alençon

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Faut-il détruire les maisons rue du Château ? Non !

Faut-il détruire les maisons rue du Château ? Non !

Voilà une bonne douzaine d'années que plusieurs maisons de la rue du Château sont en déshérence sans que cela ne perturbe grand monde, sinon les riverains.

 

Rue du Château à Alençon (Jean-David Desforges, mars 2020).

 

Et puis pouf ! Le 22 janvier apparaît un arrêté de péril imminent. Imminent depuis 12 ans ? Dans les semaines précédentes, des squatters ont fait voler en éclats les vieilles vitres. Des tessons de verre jonchent le trottoir. Conclusion : il faut démolir.

 

L'arrêté de péril imminent (Jean-David Desforges, janvier 2020).

 

Ces maisons sont des maisons médiévales, construites sur de petites parcelles caractéristiques du tissu urbain de cette période. Nous sommes rue du Château, berceau de la ville. Ces parcelles sont occupées depuis le Xe siècle dans le premier noyau fortifié d'Alençon. Un millénaire d'occupation, ce n'est pas à négliger même si on l'a fait un peu plus loin dans le quartier. Mais nous ne sommes plus dans les années 1960-1970.

 

Les n° 9 et 11, rue du Château à Alençon (Jean-David Desforges, mars 2020).

 

Mais revenons à nos barrières de sécurité. Elles offrent un abri pour jeter les poubelles en douce et un confortable "coin à pisse", pardonnez l'expression. C'est un avant goût du terrain vague qui va remplacer ces maisons. On en prend pour 50 ans, au minimum. Non ? Et les vénérables friches de la rue Bonette voisines ?

 

Le n° 13, rue du Château à Alençon (Jean-David Desforges, mars 2020).

 

Sur l'arrière, on aperçoit une maison construite dans les années 1760-70. D'ailleurs, les maisons sur la rue, ont été frappées d'alignement à cette période. Ce que nous voyons, ce sont des façades en pans de bois médiévales remontées 1 m en arrière pour élargir la rue du Château.

 

Les arrières du 13, rue du Château à Alençon (Jean-David Desforges, mars 2020).

 

Quasiment toutes les maisons de la Grande rue, et quelques unes de la rue du Château ont des façades remontées. Mais dans la majorité des cas, les façades sont rebâties en pierres. Rares sont celles qui réutilisent des éléments de pans de bois médiévaux. Il en reste... peu. Je vous les montre. Ici, Grande rue, près de Notre-Dame, le remplissage est en briques. On voit bien une poutre maîtresse apparaître en façade : c'est un indice de transformation entre 1755 et 1770.

 

Le n° 57, Grande rue à Alençon (Jean-David Desforges, mars 2020).

 

Un peu plus loin Grande rue, nous avons une maison contemporaine des Sept Colonnes. Des éléments en bois conservés à l'intérieur jusqu'à il y a peu vont d'ailleurs servir de modèles pour reconstituer ce qui a disparu dans les Sept Colonnes. La façade est remontée avec des pièces de bois médiévales.

 

Le n° 79, Grande rue à Alençon (Jean-David Desforges, mars 2020).

 

Toujours Grande rue,regardons à présent ce Monument Historique, qui ferme la Cour Cochon. L'étage a été remanié vers 1760-70 aussi. La structure est un mélange de pièces en place et d'assemblages du XVIIIe siècle.

 

Le n° 157, Grande rue à Alençon (Jean-David Desforges, mars 2020).

 

Mais comment argumenter que ce sont des maisons transformées à la même période ? Avec cet assemblage formant le panneau sous les fenêtres, qui se retrouve dans trois des exemples connus, est-il nécessaire d'en écrire davantage ?

 

De haut en bas, les 9 et 11, rue du Château à Alençon, le 79, Grande rue et le 157, Grande rue (Jean-David Desforges, mars 2020).

 

Pour la maison couverte d'un enduit, et dont on devine les pans de bois, regardons les baies, avec un linteau un peu cintré. Là aussi, nous sommes dans les années 1760-1770. Ce serait dommage de découvrir un pan de bois intéressant le jour de la destruction, n'est-ce pas ?

 

A gauche, le 157, Grande rue et à droite, le 13, rue du Château (Jean-David Desforges, mars 2020).

 

Alors que faire ? Puisque des fonds publics sont engagés pour ces maisons, pourquoi ne pas les sécuriser ? Un architecte y verrait-il un chantier insurmontable ? Pourquoi détruire et créer une friche pour les 50 ans qui viennent alors que la maison des Sept Colonnes en face va retrouver son lustre ? Ces maisons ont une place, une histoire un rôle à jouer dans notre environnement. Donc non, ne les démolissons pas.

 

La série des maisons frappées par l'arrêté de péril imminent (Jean-David Desforges, février 2020).

 

Carte montrant la répartition et l'état de conservation du corpus des maisons à pans de bois à Alençon. La démolition projetée rue du Château semble encore plus aberrante à considérer ces données.