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Re-Découvrir le Vieil Alençon

Re-Découvrir le Vieil Alençon

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L'architecte Paul Lebart, d'Alençon à Nogent-le-Rotrou

L'architecte Paul Lebart, d'Alençon à Nogent-le-Rotrou

Né à Caen le 2 germinal de l’an VII (22 mars 1799) de Charles Lebart et Adélaïde Poulaine, il est issu d’une famille d’ingénieurs du côté de son père, au service du duc d’Harcourt, et d’avocats, par sa mère. A sa naissance, son père est commissaire du Directoire exécutif de Caen. Il reste fonctionnaire à la préfecture du Calvados où il progresse dans la hiérarchie.

Vers ses 18 ans, Paul Lebart vient s’installer à Alençon. Il devient l’élève de l’architecte Jean-Baptiste Delarue (1744-1838), qu'il considère comme son « oncle », probablement du fait de son parrainage dans une loge maçonnique d’Alençon. Les liens sont très forts, au point d’entretenir toute sa vie une relation fraternelle avec Pierre-Félix (1795-1873), neveu de Jean-Baptiste. L'œuvre de Paul Lebart est régulièrement un hommage à son maître, du fait de ses choix stylistiques mais surtout dans le prolongement de sa réalisation principale à Alençon : l’Hôtel-de-Ville, la place d'Armes (actuelle place Foch) et la rue du Bretagne.

 

La place d'Armes d'Alençon par Delarue et Lebart, 1821 (Collection particulière).

 

Nommé architecte municipal, Paul Lebart répond à de petits projets au grès des besoins qui vont d’un enclos pour les porcs à l’abattoir municipal à un théâtre et à la restauration du porche de l’église Notre-Dame. Il est le premier architecte à intervenir pour la préservation du monument, depuis le chantier de reconstruction du chœur par Jean-Rodolphe Perronet (1708-1794) dans les années 1740. Les relations avec les élus d’Alençon sont régulièrement décevantes, ces derniers ayant une vision très restreintes de ce qu’un architecte peut apporter. Les projets et réalisations de Lebart pour la ville sont strictement fonctionnels. Le style est classique, sans autres ornements que les pierres de tailles des baies et des corniches. Peu de ses constructions ont subsisté, car répondant à des besoins très spécifiques (maisons d’octroi, de gardiens de cimetière, etc.)

 

Façade du second projet de théâtre pour Alençon, rue de la Halle au Blé, par Lebart, 1842. (Arch. Mun Alençon 276M1).

 

En hommage à Jean-Baptiste Delarue, Paul Lebart va concevoir dès sa formation, vers 1825, une bibliothèque, conjointement avec Pierre-Félix Delarue, puis un théâtre en miroir de l’Hôtel de Ville, un bâtiment à la façade concave qui devait participer à une place de plan circulaire. Vers 1835, avec une nouvelle demande de la municipalité, Lebart prend le parti d’une façade convexe. L’emplacement est particulièrement difficile, du fait des bras de la rivière Briante, canalisée sous la place. La municipalité étant velléitaire sur le sujet du théâtre, un autre projet lui est demandé, dans le prolongement des arcades de la rue de la Halle au Blé. C’est ce théâtre qui est réalisé mais repris plus tard par un autre ami de Lebart, Dominique Dedaux (1800-1865)2 qui reste fidèle au parti initial. Autre projet inabouti : l’église Saint-Pierre de Montsort, à Alençon. Il propose une élévation à deux tours, à la demande du conseil municipal.

 

Projet de nouvelle église à Montsort, par Paul Lebart, 1843 (Arch. Mun. Alençon).

 

En 1844, Paul Lebart présente les plans de son théâtre de la place d’Armes au grand concours des Beaux-Arts de l'Orne. Lebart y dévoile également son projet du château de Saussay à La Madeleine-Bouvet, dans l’Orne. Il reçoit la médaille d’argent du concours. C’est également à cette période que se dessine le projet de la revue Le Département de l'Orne archéologique et pittoresque, sous la direction de Léon Duchesne de La Sicotière (1812-1895). Il est associé au projet, ainsi que son ami Achille Oudinot de La Faverie (1820-1891).

 

L'hôtel de Boiville et le café de la Rotonde, construit par Paul Lebart en 1842.

 

En 1847, Lebart reçoit la commande de l’hôtel Curial, place Marguerite de Lorraine à Alençon, pour le comte Napoléon Curial (1809-1861), maire d’Alençon. L’édifice reste inachevé, probablement en raison du décès du commanditaire. D’autres édifices alençonnais peuvent être rattachés à la main de Lebart comme les maison des 30, 33 et 37 cours Clémenceau où l’on retrouvent chez certaines le schéma général des façades de la place Foch avec grand appareil aux chaînages des rez-de-chaussée, le 5, place Poulet-Malassis, le 16, place à l’Avoine, le 23, rue Jullien et possiblement le 90, rue Saint-Blaise. Des immeubles de rapports sont édifiés dans le quartier de Montsort, dont un est sévèrement endommagé le 15 janvier 1871 lors de l’assaut prussien sur la ville. Un autre immeuble reste achevé place à l’Avoine, avec seulement son aile droite. On y voit toujours sculptures et chaînage en attente. De cette époque, la façade à la Diane Chasseresse est édifiée rue du Pont Neuf, reprenant le thème mis au pinacle par le château d’Anet. Une statue, copie de la Diane de Versailles, don du pape Paul IV à Henri II en 1556 y surplombe la rue.

 

Maison à la Diane Chasseresse rue du Pont-Neuf à Alençon (Jean-David Desforges 2019).

 

Paul Lebart quitte Alençon pour Nogent-le-Rotrou en 1850, où il assure les mêmes fonctions. C’est depuis Nogent, qu’il supervise les chantiers mamertins du presbytère, du théâtre et d’au moins trois autres maisons. A cette même période, son ami Pierre-Félix Delarue est architecte départemental de la Sarthe.

 

L'ancien presbytère de Mamers, rue du 115e RI (Jean-David Desforges 2019).

 

En 1862, Lebart et Dedaux construisent ensemble l’hôpital de Bellême. C’est lors d’une visite de chantier que Lebart est victime d’une chute de plus d'une dizaine de mètres dans l’effondrement d’un échafaudage. S’il en réchappe, la presse s’en émeut et s’en fait l’écho. On apprend à cette occasion que notre architecte a précédemment perdu la jambe gauche, sur un autre chantier. Doté d’un pilon de bois, sa silhouette marque les esprits. Son invalidité est également mentionnée dans le registre du recensement de la population de Nogent-le-Rotrou en 1866. A Bellême, Lebart signe la chapelle de l’hôpital, commanditée par l’entrepreneur Aristide Boucicaut (1810-1877) et son épouse Marguerite (1816-1887), grands amateurs d’architecture qui font par la suite œuvrer Louis-Charles Boileau (1837-1914) et Achille Oudinot de La Faverie, notamment dans leur château de Fontenay-aux-Roses.

 

L'hôtel de ville de Nogent-le-Rotrou (Jean-David Desforges 2019).

 

La chapelle de l'hôpital de Bellême (Jean-David Desforges 2019).