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Re-Découvrir le Vieil Alençon

Re-Découvrir le Vieil Alençon

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Le premier monument aux Morts de la Première Guerre mondiale d'Alençon

Le premier monument aux Morts de la Première Guerre mondiale d'Alençon

Inauguré le 11 novembre 1922, ce monument aux Morts est l’œuvre conjointe de l'architecte Félix Besnard-Bernadac (1888-1976) et du sculpteur Louis Barillet (1880-1948).

 

 

Revenons en arrière avec le cadastre du XIXe siècle. Voici l'emplacement de la Pyramide, au cœur de ce qu'on appelle alors le quartier des Deux Routes. Le calvaire symbolise le cimetière Saint-Blaise, avec sa chapelle. Ce cimetière existe depuis le Moyen Âge. Après la désaffection du cimetière de Notre-Dame, la place de La Madeleine est créée, à la fin du XVIIIe siècle, et donc, la surface du cimetière Saint-Blaise est augmentée vers l'est. On le voit : ce secteur a depuis longtemps vocation funéraire. On devine une certaine logique de mémoire collective dans le choix d'y construire un monument aux Morts.

 

Cadastre d'Alençon. Document 3P2-001/5 Section ..., Arch. Dép. Orne.

 

Dans les années 1900, le quartier des Deux Routes est un croissement important de la ville d'Alençon. S'y rencontrent les boulevards extérieurs qui desservent les casernes : le 103e régiment d'Infanterie avenue de la République, et vers le nord, le 1er Chasseurs, le 14e Hussards (à partir de 1893), le 31e d'Infanterie Territoriale (à partir de 1914). Voilà donc un autre argument pour le choix de cet emplacement en 1921.

 

 

Courant 1922 : Le chantier de construction derrière une palissade couverte d'affiches, dont une avec une poule, pour un produit à base d’œufs frais (on faisait déjà le coup à l'époque !)

 

 

Attardons-nous sur Louis Barillet. Natif d'Alençon, il est une figure incontournable de l'art décoratif français des années 1920-1930. Collaborateur de Jacques Le Chevalier, de Jean Prouvé et de Robert Mallet-Stevens (ce qui est en soi exceptionnel !), il est surtout connu pour avoir théorisé l'art du vitrail contemporain. Une figure alençonnaise dont nous pouvons nous enorgueillir !

 

 

En 1922, Louis Barillet permet à l'Agenda du Gagne-Petit d'utiliser en couverture une vue de son projet. La perspective est parfaite. L'obélisque semble se dresser à l'orée d'une forêt.

Le monument vu par Silas Broux, autre artiste d'Alençon dont nous avons eu maintes fois l'occasion de parler et de partager les oeuvres, fréquemment diffusées sous forme de cartes postales en son temps.

 

 

Sur ce cliché de 1924, l'un des panneaux ornant le piédestal du monument : Alors qu'un soldat est blessé, un camarade le soutient.

 

 

Le 9 septembre 1930, André Tardieu, président du Conseil, est à Alençon. Le programme est dense : après une arrivée à la préfecture, une gerbe est déposée au monument aux Morts. Suivent une visite de l'hôpital, de l'exposition horticole et de la foire agricole. Le banquet au manège de cavalerie clôture cette matinée alençonnaise.

 

 

Comme nous l'avons vu dans l'album consacré à la libération d'Alençon, le quartier de la gare a subi des bombardements tragiques. A la Pyramide, le monument aux Morts a été soufflé... La statue de Minerve s'est écrasée au sol, irrémédiablement endommagée. On imagine la force du blast à voir le piédestal déplacé sur sa base ! Quinze ans après la visite d'André Tardieu, le 10 juin 1945, c'est le général De Gaulle qui se recueille devant le monument. Les fragments sont déposés à l'entrée du champ de foire, à quelques mètres.

 

 

Le monument de nos jours, étrangement mis en scène sur une terrasse au fond du square dénommé, pour justifier sa présence, "du Poilu". S'il est visible au bout d'une perspective, il n'est accessible que par un petit trottoir, sur ces arrières, rue Ricardo Florez. Cette situation n'a rien à voir avec celle des origines. Cette incongruité ne fait que souligner l'impression que le monument est relégué là où il ne gênera pas, comme le soulignaient déjà les Anciens Combattants à la charnière des années 1940-1950.

 

 

Détail : sur l'une des faces de l'obélisque, l'aigle bicéphale d'Alençon et la couronne rappelant les fortifications de la ville tout autant que son château. Quelques feuilles de chêne, à la fois symbole de la force et du salut, sont tout à fait justifiées dans cette sémantique mémorielle.

 

 

Détail : sur l'autre face, des images symbolisant les Armes. On y voit l'aviation, la marine, l'artillerie.

 

 

Détail : L'autre Arme représentée est la cavalerie, dans son aspect traditionnel, avec le lancier, et son aspect moderne, avec le char d'assaut. Chaque cartouche est séparé par une pluie d'obus, allégorie de la mort.