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Re-Découvrir le Vieil Alençon

Re-Découvrir le Vieil Alençon

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L'église Saint-Pierre de Montsort, à Alençon

L'église Saint-Pierre de Montsort, à Alençon

L'église Saint-Pierre occupe certainement l'un des sites les plus anciens de la ville d'Alençon. Mentionnée dès l'époque mérovingienne, Saint-Pierre est rebâtie au XIe siècle, pour être démolie après la guerre de 1870-71. Commençons pas une photographie de l'édifice antérieur à celui que nous connaissons. Cette église est une addition de volumes multiples autour d'un chœur et d'une nef remontant à l'An Mille. Elle n'est pas orientée comme l'église actuelle. Pour se repérer, le presbytère à l'arrière-plan existe toujours. Pendant la Révolution, elle sert de fonderie à canons ! Les parties les plus récentes de cette église datent des années 1820. Le clocher culmine à 12 m.  

L'église Saint-Pierre de Montsort, à Alençon, vers 1880. Collection particulière.

Cadastre de 1819 : le nord est vers l'angle supérieur gauche. On voit très bien la masse de l'église et l'enclos de son ancien cimetière. Vers 1995, lors de la "rénovation" (les mots ayant leur mode, on ne sait trop quel terme de novlangue utiliser après toutes ces années, maintenant on nous sert "requalification") des voiries, une partie des fondations de cette église est réapparue ainsi que de très nombreuses sépultures. Mais les vestiges archéologiques étant considérés chez nous comme un problème et non comme une richesse, chacun pu emporter qui un humérus qui un crâne en souvenir, des pots à encens ou de petits objets placés près des défunts. Le reste est parti au concassage.

Cadastre d'Alençon. Document 3P2-001/5 Section ..., Arch. Dép. Orne.
Ce dessin de Ledru, d'Yves et Barret est publié en 1880 par le vicaire de Montsort Antoine. Il sonne comme l'oraison funèbre de ce monument millénaire qui est alors promis à une démolition inéluctable. Cette vue permet de repérer les maçonneries en opus spicatum et les arrachements de quelques baies du XIe siècle, du pignon reconstruit à la fin du XVe siècle, des fenêtres sous arcs plein-cintre du XVIIe siècle, de la tourelle à escalier en vis sur le flanc de la tour lanterne. Jusqu'au Concordat de 1801, Saint-Pierre de Montsort est une paroisse en dépendance du Mans. Si l'on remonte dans les sources écrites de cet évêché, cette petite église funéraire - saint Pierre oblige - est fondée à la charnière des IVe-Ve siècles sur les terres d'une villa gallo-romaine appelée Aloncio. Ce n'est pas l'une des villae les plus florissantes de l'évêché du Maine. Elle pourrait même être classée parmi les moins productives. Son seul avantage est d'être à mi-chemin entre Le Mans et Sées, à l'aplomb d'un gué sur la Sarthe, limite entre les deux territoires. Cet atout va se révéler majeur à partir des années 950 !
L'ancienne église de Montsort, par Ledru, s.d..

L'installation de manufactures dans les anciens couvents du faubourg de Montsort lors de la Révolution et la création de nouvelles usines font que la population ne cesse d'augmenter au cours du XIXe siècle. Ce premier facteur menace la vieille église Saint-Pierre. On rêve aussi d'une perspective rue du Mans, digne de celle de la rue de Bretagne. Voilà la seconde raison qui installe le germe d'un projet de démolition. En 1836, on passe un cap : un projet est lancé avec cette façade "néo-grec".

Projet de nouvelle église à Montsort, par Dominique Dedaux, 1836.

Voici le deuxième projet de reconstruction de Saint-Pierre, signé par l'architecte Paul Lebart. On y trouve des éléments architecturaux assez disparates allant de l'Antique au Baroque. Ce bâtiment est prévu pour avoir une emprise sensiblement égale à l'ancienne église. D'ailleurs, il est prévu de la démolir par parties remplacées au fur et à mesure. En mai 1843, le chantier de construction commence par le chœur, comme le veut la tradition des chantiers d'églises depuis toujours. Quasiment deux ans après, le 8 avril 1845, ce chœur est béni. Faute de crédits, le reste de l'église n'est pas détruit. Ce chœur, c'est celui que nous voyons sur le dessin de Ledru et la photographie de la fin des années 1870.

Projet de nouvelle église à Montsort, par Paul Lebart, 1843.
1, 2... 3ème projet de reconstruction de Saint-Pierre. Le quartier de Montsort sert de ligne de front face à l'armée prusienne en janvier 1871. Les troupes françaises y sont massées avec cantonnements dans les rues et hôpitaux de campagne dans les jardins. L'église est mise à contribution. Elle fait partie des édifices endommagés. En 1875, on estime une reconstruction urgente. L'ilôt d'habitations au nord de l'église a été rasé. Il y a toute la place pour y déployer un nouvel édifice. Cette donnée est utile pour le concours d'architectes qui s'ouvre la même année ! Trente-sept projets sont présentés mais on ne les a pas tous pour vous les montrer sur Facebook ! C'est Amédée Hédin qui remporte le prix avec une église d'un style qu'il nomme lui-même "à peu-près roman". De fait, cette église nous paraît familière mais elle a quelque chose de... différent. Mais quoi ?
Projet de nouvelle église à Montsort, Alençon, par Amédée Hédin, vers 1875. Collection particulière.
Après le choix du projet, reste la question du financement pour lequel rien n'est acquis. En 1878, l'Etat se désengage de 35 000 F ! Il ne paye plus qu'à hauteur d'un cinquième de la somme initialement annoncée. La municipalité exige le retrait de pans entiers de pierres de taille pour des raisons impératives d'économie. Au mois d'août 1879, l'architecte Hédin entrevoit la fin des problèmes. La première pierre est posée le 13 juillet 1880. Elle est creuse, comme un coffre, et renferme des monnaies d'or, d'argent, de billon, des médailles frappées aux armes d'Alençon, Notre-Dame de Lorette et saint Joseph. Deux procès verbaux de la cérémonie, en français et en latin, sont roulés dans un flacon de verre, lui-même scellé dans un étui de plomb. Nous disposons d'une photographie datée du 10 octobre 1881. Le chantier est palissadé. La loge des artisans est le long de la rue des Tisons. On voit côté rue du Mans ce qu'il reste de l'ancienne église : juste la nef. En à peine un an et demi, il reste à monter les voûtes, les pignons et la flèche au-dessus du porche. Mais... un nouvel ennui va survenir !
Le chantier de contruction de l'église de Montsort à Alençon, 1881. Collection particulière.
Le nouveau problème concerne la hauteur de la flèche. Alors que celle-ci est en bonne voie, des mesures révèlent qu'elle ne fait que 12,50 m au lieu des 15 m attendus. Résultat : le contrat de l'architecte est réputé caduque par la fabrique, l'association qui gère le chantier, et de son côté l'architecte démissionne puisque son projet a été accepté et qu'il en réfute la modification pour des raisons d'harmonie de l'ensemble. C'est l'un de ses collaborateurs qui prend alors le chantier en main, Lheureux. Il est même proposé de réhausser la flèche jusqu'à 17 m. Mais la structure n'ayant pas été prévue pour cela, on se limite à 15,80 m. La flèche est donc démontée puis reconstruite. En 1886, Montsort se vante donc de rivaliser avec Sées. En 1967, de fortes bourrasques en arrachent la pointe !
Elévation de l'église Saint-Pierre d'Alençon, par Amédée Hédin, vers 1880. Collection particulière.

La première messe dans la nouvelle église est célébrée le 13 avril 1884, jour de Pâques. Saint-Pierre repose sur un imposant soubassement en granit, qui compense la déclivité entre la rue du Mans et la rue des Tisons. Les parties en pierre de taille sont réalisées dans le calcaire de Villaines, qui en un autre siècle, a été utilisé pour Notre-Dame et Saint-Léonard. La superficie du plan en croix latine est de 880 m². La chapelle axiale en couvre 60. Avec les différentes annexes, l'église s'étend en tout sur 1000 m².  

Plan et coupe de l'église Saint-Pierre d'Alençon, par Amédée Hédin, vers 1880. Collection particulière.

 

La rue du Mans, le presbytère et l'église de Montsort, par Paul Carpentier, vers 1900.

 

L'église de Montsort depuis la rue Saint-Pierre, par Paul Bry, vers 1930. Médiathèque Communauté Urbaine, Alençon.